Une course qui ne se termine jamais.
Brandir le traditionnel drapeau à damiers revêt une signification particulière ici, comme c’est le cas à chacune des courses d’endurance. Les directeurs de course, Luc et Martin Boucher, se sont assurés que chacun des conducteurs, jusqu’au tout dernier, se tapait un gratifiant et bel élan, grâce à ce symbole d’un grand accomplissement. Une scène d’une beauté rafraîchissante pour des yeux fatigués et plein de poussière assurément, après avoir poussé au-delà des limites leurs montures et eux-mêmes, pendant aussi longtemps. Dans l’action de la course à son extrême limite, dans des conditions constamment difficiles et aux prises avec des concurrents de VTT talentueux, pendant 12 heures!
Pendant que la fine mais abondante poussière retombait finalement, les casques se retrouvèrent au sol, les gants furent lentement retirés des mains lacérées. Les sourires se mirent à paraître ici et là au moment où tous les conducteurs commençaient à se rassembler devant les estrades principales, se réjouissant de cris et de sifflements. L’impressionnante et efficace équipe Team G-Force, formée de Jean-Philippe Leblanc, Marc-Antoine Auger et Luc Croteau, venait de remporter une décisive victoire à la 9e édition de Les 12 heures d’endurance de La Tuque. Après trois manches de 4 heures, une épreuve exigeante vers la gloire pour le moins, ils ont terminé à cinq tours de plus que les gagnants de l’an dernier, l’équipe Team Yamaha - Performance Ultimate, finissant en seconde position, où Jasmin Plante était épaulé de Mathieu Deroy et du conducteur Americain Pro Jason Dunkelberger, venant de l’état de Pennsylvanie. L’équipe du trio Lavallée, Ouellette et Morin, de l’équipe #4 Can-Am X-team, a pris la dernière marche sur le podium.
Un happening de VTT
Encore une autre expérience impressionnante à se commémorer, à bien des égards et pour tous ceux impliqués. Cette course est l’une des plus populaires courses d’endurance de VTT au pays et aussi la plus grande compétition d’endurocross au Québec, ces deux courses ayant lieu simultanément sur des circuits indépendants sur le même site. Pour les adeptes, cet événement représente une expérience intéressante où ils peuvent voir à la fois des motos et des quads en action, à partir de leur siège dans les estrades. Pour les gens de La Tuque, au Québec, dans une communauté où l’hospitalité est de seconde nature, les VTT font partie intégrante d’un mode de vie. Les sentiers sans fin s’étendent dans toutes les directions et permettent d’explorer la beauté de la région. Le bonheur, c’est que les gens peuvent rouler à bord de leur VTT en ville. Toutes les fois que je visite cet endroit, je suis heureux de voir chaque petite enseigne où figure un quad encerclé de vert. Je souris à la vue de chacune d’elles et partage, d’un signe du pouce, cette joie avec ma compagne.
Mesdames et messieurs, à vos quads!
Pour prendre des photos d’un endroit à l’autre dans une région vaste et densément boisée où cette grande course de VTT a lieu, la décision n’était pas difficile à prendre ; nous n’avions qu’à choisir le nouvel arrivant dans notre monde du VTT (dans mon garage) : le Polaris RZR-4. Tous les autres véhicules dans le garage nous semblaient désuets et non pratiques. Pourquoi se casser la tête à empiler tout le nécessaire sur les porte-bagages du quad? De tout empiler sur les sièges arrière de ce joyau de quad du hors route nous paraissait une option plus simple. Bien que le côté pratique de notre choix m’était agréable, j’ai bientôt regretté ne pas pouvoir disposer d’un autre véhicule que j’étais en train de tester, le Outlaw 525S de Polaris ou peut-être le Renegade de Can-Am, encore là dans le garage. Si j’avais su à l’avance que les organisateurs avaient ouvert tout un nouveau système de sentiers pour, entre autres, permettre à certains amateurs de courses de tester quelques véhicules de Can-Am, s’arrêtant ici et là pour visualiser l’action, peut-être aurais-je fait un autre choix.
L’installation cette année était grandement améliorée comparée à l’an dernier, dans la mesure où nous pouvions apprécier l’expérience de multiples façons et aller d’une scène de prise de vue à une autre a été pour nous un événement plaisant à vivre à cette grande course de VTT. Chargés de matériel, nous nous aventurons, Claudette et moi, à explorer l’énorme piste de course de 4 kilomètres de longueur, après avoir pris connaissance du départ intensément important de style Le Mans à cette expérience de course hors route frisant le masochisme. L’inspection technique terminée, incluant la vérification du casque et d’autres équipements du conducteur, de même que la vérification de la marque sur le châssis, nul changement de quad n’était permis à partir de ce moment. Sur la ligne de départ, aucun outil, pièce, matériaux (attaches à têtes d’équerre, boulons etc.) ou contenants (bouteille opaque cachant son contenu) ne sont tolérés. Aucune intervention mécanique ou ravitaillement en combustible ne seraient tolérés sur la ligne de départ durant cette intense et décisive période.
Les seules personnes autorisées dans cette zone de départ et sur le parcours sont un seul pilote par équipe, les membres de la presse, du comité d’organisation et les directeurs de la course. Les mécaniciens, les préposés à la signalisation des équipes et tout autre membre de chaque équipe doivent se tenir derrière le mur séparant la piste des puits. Le bruyant avertisseur sonore à air comprimé du préposé au départ proclame le début des hostilités et tous mettent frénétiquement leur quad en marche et s’empressent de profiter des conditions immaculées de la piste, passant à la tête du peloton, pendant qu’ils le peuvent encore. Les conditions de la piste changent rapidement ici dans le sable mou et chaque tour apporte différentes conditions et défis.
Nous avons roulé lentement derrière chaque puits le long du tracé principal dans le sens contraire des aiguilles d’une montre, par rapport aux pilotes de course sur la piste, et nous avons soulevé le moins de poussière possible. Mise en contexte ici : un simple pas sur le sol soulevait une mini-tempête de poussière autour et à l’arrière de chaque chaussure qui foulait le sol. Une fois passés tous les piétons, les garde de sécurité volontaires, les enfants affairés à monter des pistes de courses miniatures de VTT pour leurs quads jouets, le personnel d’urgence, les conducteurs réservistes et leurs familles et amis, nous envoyant tous des sourires gratuits, Claudette a appuyé le pied au plancher et nous avons tous deux proféré un Wouhouuu! bien senti. Voilà, nous étions partis!
Creuser le sol
Peu de temps s’écoula avant de croiser le meneur et ce ne fut pas une surprise de voir un vieil ami et multiple champion Richard Pelchat, de l’équipe #46, juste en tête devant "Ti-Bill" Jean-Phillipe Leblanc de l’équipe G-Force, qui l’a poursuivi durant tout le tour, évitant son nuage de poussière en le suivant de côté, à seulement une demi-seconde derrière. Ces deux concurrents imposaient une cadence très rapide sur le premier tour d’une épreuve aussi longue, chronométrant des temps impressionnants de 3:15.198 dans le cas de Pelchat et 3:15.560 pour "Ti-Bill" Leblanc. Sans surprise, ces temps ont représenté leurs meilleurs temps au tour de toute l’épreuve. Pendant ce temps, l’équipe Yamaha Performance Ultimate, gagnante de l’épreuve l’an dernier, tenait la 7e place, avec un temps d’environ 4 minutes par tour, comme la plupart des 20 équipes en classe générale. Au total, 40 quads différents partagent les pistes simultanément : 11 de classe amateur, 3 de classe féminine et 6 de classe Ironman se sont joints à ces 20 équipes, créant plusieurs opportunités d’exercer du fair-play de la part des conducteurs plus lents.
Bien sûr, au gré des manches, les conditions de piste rendaient le dépassement presque impossible. Le dépassement était seulement envisageable sur des longs tracés droits, les virages étant sculptés en une ou deux traces. À cet effet, il est important de mentionner le souci des organisateurs de trouver des façons intéressantes de rendre l’expérience plaisante et captivante pour tous les conducteurs. Une séparation s’est créée dans la piste, et les gars et les filles pouvaient sortir de la partie boisée soit en coupant court pour effectuer un virage serré, soit en maintenant la pression sur l’accélérateur pour une longue courbe balayée. On aboutissait sur l’un des deux droits revenant à la section sinueuse, pleine de bannières de commanditaires, là où les bras des conducteurs étaient gonflés à bloc à cause de l’effort constant de conduite, juste avant de profiter de la course d’accélération relaxante jusqu’à la ligne d’arrivée.
Dans la deuxième des trois manches de quatre heures, courue le soir dans un tourbillon incroyablement dense de poussière, l’équipe de Jasmin Plante a repris la tête sur le #819, suivie de près par l’équipe RP evolution. À la sixième heure de l’événement, le #819 se glissait de nouveau vers l’avant, dépassant l’équipe RP évolution de Pelchat. Une heure plus tard, le #819 prenait la tête encore une fois! Wow! Quels rebondissements! L’équipe #5 Team Elka Suspension – PY remontait aussi dans le rang ; Pierre-Yves Deneault est un habitué des courses d’endurance, il a gagné le fameux et notoire BAJA 1000 la saison dernière. Ce n’est pas un mince exploit! Gagner la course hors route la plus difficile au monde, surpassée peut-être par le fameux rallye de Dakar. Chose certaine, cette équipe était coriace. Je ne peux m’empêcher de revenir quelques années plus tôt et de me rappeler Bobby Desjardins, un des équipiers de PY, jouant comme un enfant sur une moto tout terrain comme s’il coursait, alors qu’il venait de terminer cette course incroyablement difficile. L’équipe Team #5 s’est classée 6e avec un temps de 3:25.129, très près de Dave Larochelle, Faucher et Cliche de l’équipe #4 Refuel TV - Moto Pro – Elka avec un chrono de 3:25.114.
À la fin de la course de soirée, les gars de l’équipe #4 restaient encore forts en septième position juste derrière l’équipe #46 Can-Am RP Evolution. À ce moment-là, Pelchat et ses compagnons éprouvaient des problèmes de suspension arrière, qui les ont relégués au 12e rang de cette manche éprouvante dans la noirceur. Les résultats cumulatifs après deux manches (8 heures) étaient : Team Yamaha – Gforce en 1re, Yamaha - Perf. Ultimate – Elka en 2e, Team Elka Suspension – PY en 3e et Can-Am X-team en 4e avec la très jolie et talentueuse Amélie Lavallée, championne en titre du FMSQ Pro class, enregistrant des tours de 3 minutes et demie de façon régulière pour ses compagnons. L’équipe Team RP Evolution occupait encore le 6e rang, si on combine les deux manches.
Il restait encore une autre longue et dure course à disputer et quelques-unes des équipes devaient composer avec des dommages subis par leur monture ou par leur corps. Les ampoules aux mains et les dos endoloris ne justifient pas un abandon à cette étape. La plupart endurent le tout et ne mentionnent même pas leurs blessures avant la fin. Ils recommencent, comme toujours, d’une façon spectaculaire. L’équipe #46 a montré qu’elle pouvait encore dominer avec un départ foudroyant et courir en 2e position juste derrière l’équipe #819. À la fin de la deuxième heure de cette manche finale, l’équipe #46 a repris la tête avec 32 tours de piste, une de plus que l’équipe #819. L’équipe #1 et sa vedette, Jasmin Plante, les talonnaient dans ce même tour et l’équipe PY occupait la 4e position avec 30 tours au chrono. Une heure plus tard, l’équipe #46 se trouvait encore une fois en difficulté et n’était plus en mesure de se rattraper. Elle a terminé cette manche avec une décevante 27e place, ce qui l’a placée au 16e rang du classement final de ces 12 heures d’une course éprouvante.
La volonté de la communauté de faire de cet événement un succès éclatant se traduit par l’implication des gens à différents niveaux. Les 150 bénévoles partagent tous la même passion pour cette course, pour cet événement, pour ce happening: de celui qui porte son drapeau jaune roulé et collé sur sa poitrine, s’évertuant à ne pas perdre les coureurs de vue à travers une poussière dense à l’artiste qui a conçu des trophées originaux faits de pièces de mécanique. Un piston transformé en casque de chevalier, une partie de pignon utilisée pour représenter les plumes: absolument étonnant! Les trophées de Yannick Issa sont des oeuvres d’art uniques et remarquables qui sont convoitées par nos courageux VTTistes. Le trophée de la classe Ironman s’avère particulièrement fascinant: une main de style “Terminator” qui empoigne une tête de cylindre témoigne d’une grande attention aux détails et d’un travail passionné de fabrication. Il y avait des gens à qui retourner des sourires, une présentation de style libre et des boissons à déguster, des VTT à essayer, des tours d’hélicoptère, des commerçants et des étalages pour vous séduire avec toutes sortes de gâteries liées au hors route.
J’ai craqué à la vue d’un TrophyKart, un Trophy Truck miniature; vous savez, ceux que Robby Gordon et ses amis projettent dans les airs à plus de cent milles à l’heure dans le désert. Quel plaisir ! J’ai tellement hâte de revoir David de Accessoires DND de Yamachiche. J’ai encore peine à croire qu’il a eu la gentille idée de me laisser essayer son véhicule sur la piste à la fin de l’événement. J’ai appris par la suite que j’avais été le premier adepte au Canada à le conduire. Les courses de TrophyKart ont gagné rapidement en popularité aux États-Unis et sont maintenant populaires auprès de plusieurs jeunes mordus du hors route. Soyez assurés que vous verrez de plus en plus de ces mini-camions au look étonnant, équipés d’un moteur Honda CRF450R et munis d’une suspension avec garde au sol de 38,2 cm (15") à l’avant et de 45,7 cm (18") à l’arrière, maintenant que ce gars les distribue ici au Canada. Ce qui est extraordinaire avec cette course, c’est que vous y ramassez toujours des tonnes d’histoires à raconter au retour. Pendant ce temps, les conducteurs planifient déjà la prochaine édition et, chose certaine, j’y serai encore l’année prochaine.



